Au sujet du petit Marcel… #MarionCotillard – #GuillaumeCanet

[NDRL : Cet article aurait dû être publié il y a 10 jours, mais suite aux caprices de WordPress, j’ai pris un peu de retard.]

Après le scandale #DSK, la presse s’est emparée d’un scoop très people dans son genre : la naissance du petit Marcel, fils de Marion Cotillard et de Guillaume Canet.

Ne suivant pas minutieusement l’actualité des stars, je n’étais point au courant que le couple stars attendait un enfant.

Marcel se nomme-t-il… Un prénom que le grand public, les journalistes et les stars se sont permis de critiquer.

Pourtant, il me semble qu’aujourd’hui chacun est libre de choisir le prénom de ses enfants, non ?

Certes, certains donnent des prénoms particulièrement idiots à leur progéniture, mais pour une fois que nous avons un couple qui donne un prénom à la souche bien française à leur enfant, autant en parler.

Marion et Guillaume aurait choisi le prénom Marcel pour rendre hommage à Marcel Cerdan qui fut l’amant d’Edith Piaf dont elle fut éperdument amoureuse. Aujourd’hui, personne n’ignore que Marion Cotillard interpréta le rôle d’Edith Piaf dans le film La Môme de Jérôme Dahan. Cette dernière reçu d’ailleurs un oscar décerné par un jury américain. Tiens, pour une fois les américains nous apprécient, profitons-en ! :-)

« Un vieux prénom », « Quel mauvais goût » se sont permis de dire certains individus, people ou pas.

Et pourtant, il n’y a pas plus riche que le prénom Marcel. Marcel, au-delà de Marcel Cerdan, c’est aussi Marcel Pagnol.

Ah bon, Marcel Pagnol ce n’est pas une référence pour vous ? Vos professeurs de français ne vous ont pas faire lire « La Gloire de mon père » et « Le Château de ma mère », ou découvrir les pièces de théâtre César, Marius et Fanny ? Incultes va !

Et les adaptations cinématographiques d’Yves Robert ça ne vous dit rien non plus ?

Rassurez-moi, vous avez quand même vu « La Fille du puisatier » de Daniel Auteuil récemment sorti sur nos grands écrans ?

Oui ? Bon ça va un peu mieux ! :-)

Marcel Pagnol, c’est la Provence, les comédies de moeurs, l’histoire d’une famille marseillaise et surtout une oeuvre magistrale signée par une main de maître.

Un langage décortiqué d’expressions vaseuses, des métaphores filées à tout va, des phrases remplies d’émotion qui réussissent à vous faire verser quelques larmes et surtout un univers magique qui nous fait revivre avec nostalgie toute notre enfance. Merci Marcel.

Vu que je suis une gentille fille, en voici quelques passages :

César :

CÉSAR
Oui, peut-être. Mais moi, il y a une idée qui me tracasse :
le Bon Dieu d’Elzéar, – le nôtre, enfin – si ça N’ÉTAIT PAS LE VRAI ?

ESCARTEFIGUE (épouvanté)
Oh, couquin de Diou !

HONORINE (scandalisée)
Mais qu’est-ce-que vous dites ?

CÉSAR
Je veux dire que je connais des musulmans, des hindous, des chinois, des nègres. Leur Bon Dieu, ce n’est pas le même, et ils ne font pas comme nous !…Nous, nous avons des péchés que chez eux c’est une bonne action, et vice versa… Peut-être qu’ils ont tort, remarquez bien… Seulement ils sont des millions de milliasses… S’ils avaient raison, Monsieur Brun ?

M. BRUN
Il est certain que la question peut se poser.

CÉSAR
Le pauvre Honoré est tout préparé, bien au goût du Bon Dieu d’Elzéaz. Et si, en arrivant au coin d’un nuage, il se trouve en face d’un Bon Dieu à qui on ne l’a jamais présenté ? Un Bon Dieu noir, ou jaune, ou rouge ? Ou un de ces Bons Dieux habillés en guignol, comme on en voit chez l’antiquaire, ou celui qui a le gros ventre ? Ou bien celui qui a autant de bras qu’une esquinade ? Le pauvre Panisse, qu’est-ce-qu’il va lui dire ? En quelle langue ? Avec quels gestes ? (À Escartefigue) Tu te vois, toi, déjà fatigué par ta mort, et tout vertigineux de ton voyage, en train de t’expliquer avec un Dieu qui ne te comprend pas ? Et tu as beau lui faire des prières, il te dit : « Quoi ? Comment ? Qu’est-ce que vous dites ? » Et il te le dit en chinois ?

ESCARTEFIGUE
Situation terrible. Là, tu me donnes le grand frisson. (Il boit.)

HONORINE (en colère)
Taisez-vous, grand mécréant. Et la Sainte Bible, alors,
c’est des mensonges ? Et les Évangiles ? Vous n’avez pas honte
de dire des choses pareilles devant l’enfant de chœur ?

CLAUDINE (sarcastique)
Si vous alliez un peu plus souvent à l’église, au lieu de boire
tant de pastis, vous sauriez qu’il n’y a qu’un Bon Dieu !
Et ce Dieu, c’est le nôtre.

CÉSAR
Oui, évidemment, le bon, c’est le nôtre. Mais alors, sur la terre,
il y a beaucoup de gens qui sont couillonnés. Ça me fait de la peine pour eux. N’est-ce pas, Monsieur Brun ? »

Le Château de ma mère :

D’un fourré, près de la porte, sortit un homme de taille moyenne, mais énorme. Il portait un uniforme vert et un képi. À sa ceinture était suspendu un étui de cuir d’où sortait la crosse d’un revolver d’ordonnance. Il tenait en laisse, au bout d’une chaîne, un chien affreux, celui que nous avions si longtemps redouté.
C’était un veau à tête de bouledogue.
Dans son poil ras d’un jaune sale, la pelade avait mis de grandes tâches roses, qui ressemblaient à des cartes de géographie. Sa patte gauche arrière restait en l’air, agitée de saccades convulsives, ses épaisses babines pendaient longuement, prolongées par des fils de bave, et de part et d’autre de l’horrible gueule, deux canines se dressaient, pour le meurtre des innocents. Enfin, le monstre avait un œil laiteux, mais l’autre, énormément ouvert, brillait d’une menace jaune, tandis que de son nez glaireux sortait par intervalles un souffle ronflant et sifflant.
Le visage de l’homme était aussi terrible. Son nez était piqueté de trous, comme une fraise, sa moustache blanchâtre d’un côté, était queue de vache de l’autre, et ses paupières inférieures étaient bordées de petits anchois velus.
Ma mère poussa un gémissement d’angoisse, et cacha son visage dans les roses tremblantes. La petite sœur se mit à pleurer. Mon père, blême, ne bougeait pas. Paul se cachait derrière lui, et moi, j’avalais ma salive…
L’homme nous regardait sans rien dire ; on entendait le râle du molosse.
« Monsieur, dit mon père…
– Que faîtes-vous ici ? hurla soudain cette brute. Qui vous a permis d’entrer sur les terres de M. le Baron ? Vous êtes ses invités, peut-être, ou ses parents ? »
Il nous regardait tour à tour, de ses yeux globuleux et brillants. Chaque fois qu’il parlait, son ventre tressautait, en soulevant le revolver. Il fit un pas vers mon père.
« Et d’abord, comment vous appelez-vous ? »
Je dis soudain :
« Esménard Victor.
– Tais-toi, dit Joseph. Ce n’est pas le moment de plaisanter. »
À grand peine, à cause de ses paquets, il sortit son portefeuille, et tendit sa carte.
Cette brute la regarda, puis se tournant vers moi :
« En voilà un qui est bien dressé ! Il sait déjà donner un faux nom ! »
Il regarda de nouveau la carte, et s’écria :
« Instituteur public ! Ca, c’est le comble. Un instituteur qui pénètre en cachette dans la propriété d’autrui ! Un instituteur ! D’ailleurs, ce n’est peut-être pas vrai. Quand les enfants donnent de faux noms, le père peut donner une fausse carte. »
Joseph enfin retrouva la parole, et fit une assez longue plaidoirie. Il parla de la « villa » (qu’il appela, pour la circonstance, le cabanon), de la santé de ses enfants, des longues marches qui épuisaient ma mère, de la sévérité de M. l’Inspecteur d’Académie…
Il fut sincère et pathétique, mais piteux. J’avais le sang aux joues et je brûlais de rage.

 

Alors, un si mauvaix choix ce prénom Marcel pour le fils Canet ? :-)

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