Hypokhâgne, 10 ans plus tard

hypokagneIl y a 10 ans, oui 10 ans déjà, j’étais en HK. En Lettres Sup. En Hypokhâgne.
Avant d’y aller, je savais que j’allais devoir travailler dur, beaucoup, tout le temps. Oublier mes loisirs, oublier de sortir, oublier presque mes amis.
Travailler, lire, écrire et encore travailler. Une vie qu’on met entre parenthèse, en fin de compte.
Et puis, il y a tous ces gens brillants qu’on croise. On se dit qu’ils iront loin, qu’ils passeront en khâgne les doigts dans le nez, qu’ils ont pas besoin de travailler jusqu’à minuit tous les jours.
Et puis, en hypokhâgne, il y a toutes ces rencontres que l’ont peut faire. Des amitiés qui deviennent très fortes : supporter le stress et la pression, se soutenir et se tenir la main dans les moments difficiles.
Et puis, surtout, il y a les enseignants. Que dis-je, les agrégés, ces chercheurs qui nous passionnent, qui nous impressionnent mais qui arrivent parfois à nous détruire. N’oublions pas ces paroles sadiques, ces phrases cinglantes, ou ces copies classées par ordre décroissant. Humiliation oblige. On est pas là pour rire.
Pleurer, ça nous est arrivé à tous, je crois. Pleurer en sortant d’une khôle de géographie. Pleurer après un DS râté du samedi matin. Pleurer pour cette dissertation rédigée sans aucune logique. Pleurer pour des études, en fait. Pleurer pour quelque chose de pas bien grave, si on y réfléchit.

Bref, j’étais en classe Hypokhâgne il y a 10 ans.
A même pas 20 ans, on est parfois trop sérieux, on pense trop à l’avenir, on pense trop à la personne que l’on veut devenir.
L’enseignement était alors ma lubie. Puis à 23 ans, revirement de situation. Plus cette envie, plus cette envie de me retrouver face à une classe de 30 élèves.
Lettres Sup n’a pas été une année évidente. Travailler à n’en plus pouvoir. Travailler des versions latines jusqu’à tard le soir. Travailler et se demander ce qu’on fait là. Oui c’est arrivé. Mais il fallait terminer cette année fastidieuse.
Mais en HK, on vous apprend à travailler, pour de vrai. Impossible de faire semblant, vous finirez par vous planter.

Et puis en Hypokhâgne, j’ai commencé à lire les blogs. Ils arrivaient tout doucement. Je me souviens encore qu’il y avait celui de Malicia, cette réunionnaise qui était venue s’installer à Paris pour suivre une Lettres Sup au lycée Fénelon. Elle en bavait, aussi, mais elle m’épatait.

Pourtant, l’année ne s’est pas terminée comme je l’aurais souhaitée. Je n’ai pas eu ce que je voulais. Je n’ai pas décroché le Saint-Graal. Coup de colère, je souhaitais arrêter mes études. Vraiment ? L’aurais-je fait ? Non. J’ai épuisée, en fait. Epuisée par une année à cent à l’heure. Epuisée par ces personnes imbues d’elles-même.
Mais finalement que sont-elles devenues ? Beaucoup sont enseignantes, d’autres journalistes, d’autres dans la comm, d’autres je ne sais pas. On s’en est tous sortis. Arrivés sur des chemins différents. Des chemins parfois épineux, parfois trop glissants.

J’ai pleuré, je n’ai plus trouvé le sommeil. Mais je ne regrette pas cette année d’Hypokhâgne. J’ai appris sur moi, sur les autres, sur mon for intérieur. Je garde des souvenirs, des séquelles qui seront, je crois, toujours gravés en moi.

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Vis ma vie en agence de pub (bis)

pubardCette année j’ai fêté mes 5 ans dans le monde merveilleux du Travail. Ca passe plus que vite, vraiment.
C’est vrai qu’il y a 5 ans, je ne savais point qu’aujourd’hui je passerais mes journées au téléphone avec Facebook, à optimiser mes campagnes Google pour générer un max de ventes pour mes clients, à sortir des datas et à pondre des PPT pour vendre du rêve à mes clients.
Mais zut, où est passé le bénéfice de mes longues études de Lettres ? Une Hypokhâgne et une Maîtrise de Littérature Française sur l’apparence du corps pour Acheter aujourd’hui. Passer des lettres aux chiffres, un jour sûrement reprendre les lettres. Et dans le bon ordre, dans celui que je l’entends.

Bref, depuis un peu plus de 5 ans maintenant je travaille en agence de pub.
Ah, je vois vos yeux grands ouverts : « En agence de pub qu’elle bosse la geekette ». Il ne faut pas rêver non plus, les agences de pub sont comme toutes les autres entreprises, on vous paye pour remplir une mission, faire du chiffre et non pour jouer à m’as-tu-vu.
99 Francs  ? Je n’ai point connu cette époque, et de toute façon depuis une certaine loi Sapin, on ne frime plus comme avant.
La pub, il est vrai que ça fait rêver beaucoup de jeunes diplômés.

Plus tard tu veux être dir cli, chef de projet web ou DA ? Accroche-toi car on va te faire cravacher afin de te tester, voir si tu as vraiment ta place dans l’agence de tes rêves.

Alors c’est vrai, y a des jours où tu vas faire nocturne jusqu’à pas d’heure, arriver au travail alors que le ménage n’est pas encore fait et manger devant ton PC.

Non je ne souhaite pas dénigrer ce milieu grâce auquel je vis aujourd’hui. Je suis heureuse dans mon travail, j’aime mes missions et surtout j’ai la chance de travailler sur un levier en évolution constante : le web.
Passer du SEO au Social Media, puis du Social Media à l’Achat média. Oui c’est moi, oui c’est mon parcours. Un peu atypique pour certains, logique et intéressant pour d’autres.
Et pourtant j’ai envie de découvrir le OFF ; entendez le OFF Line. Un vague écho à mes études de Lettres, sûrement. Coordonner, réfléchir et juxtaposer. C’est un peu ça dans ma tête en ce moment. Demain sûrement, on verra.

Ce que j’aime dans mon travail, ce sont les personnalités diverses que j’ai pu rencontrer. Des créatifs en veux-tu en voilà, des têtes fortes au-dessus de toi tu n’en manqueras pas, et des personnes humaines et généreuses il y en a aussi dans la pub. Plus que vous ne pensez d’ailleurs.
On fait de la pub oui, on participe aux bénéfices de nos clients, tous ces grands annonceurs. Et pourtant on ne sauve pas des vies, juste des réservations, des spots, des clics et des impressions.
Savoir prendre du recul dans ce monde bourré de paillettes. C’est parfois un peu difficile tellement la pression peut être forte.

Aujourd’hui je suis satisfaite de mon parcours malgré les hauts et les bas que j’ai pu traverser. Je ne souhaite pas sortir de ce milieu.
J’y suis arrivée un peu par hasard, c’est vrai, au fil des rencontres. C’est ce que j’aime dire, d’ailleurs, lorsque je passe des entretiens d’embauche.
Et puis au fond, nos métiers ne s’offrent-ils pas à nous en fonction de la personne que l’on devient ?
Alors non, je ne suis pas quelqu’un d’extravertie ou d’enragé. J’aime travailler, travailler dur comme il faut. J’ai du caractère, et une sensibilité « artistique ». C’est un peu comme ça qu’il faut être pour émerger dans la pub, non ?

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Un AVC et cinq ans plus tard

Par Lundi, 30 juin, 2014 2 No tags Permalink 0

J’ai hésité, j’hésite et j’hésite encore. La boule au ventre, raviver un souvenir. Bonne ou mauvaise idée, peut-être. Pourtant, je crois que j’ai besoin de l’écrire. Besoin de l’écrire pour définitivement tourner la page.
C’était il y a cinq ans et trois mois et demi. Le 16 mars 2009.
Je ne comprenais pas ce qu’il s’était passé. Tout se bousculait dans ma tête. Je pleurais, je ne savais pas où j’étais, les gens autour de moi ne pouvaient me consoler. Je me suis soudainement sentie si seule.
Je n’ai pas dormi, je suis allée travailler, j’ai encore pleuré.
Un mois, deux mois de coma, je crois. Je ne me souviens plus exactement.
On m’a dit qu’il entendait. On m’a dit aussi qu’il ne parlait pas, qu’il ne bougeait pas.
Il y a eu aussi les maladies nosocomiales, l’embolie pulmonaire. On s’est acharnés sur lui. Acharné sur lui pour qu’il se réveille. Une satisfaction médicale, en fait. Mais un drame pour ses proches.
En juin, j’ai eu terriblement peur de rentrer dans sa chambre. Je ne savais pas ce que j’allais voir. Ce n’était plus lui.
J’ai compris que je n’entendrai plus sa voix, j’ai compris que notre relation ne serait plus comme avant.
Aller le voir, prendre le train à Montparnasse, puis à Gare du Nord.
Avoir peur, puis la boule au ventre. Puis un jour, ne plus avoir le courage d’y aller.
Puis un jour, effacer son numéro, comprendre que cela ne servirait plus à rien.
J’en ai voulu. Voulu à tous ces gens qui ne comprenaient pas. A toutes ces personnes qui disaient que j’oublierai. Oui, j’ai avancé, oui je vais mieux et oui j’ai fini par faire le deuil de cette relation inachevée.
J’aurais dû voir un psychiatre il y a cinq ans. Choc émotionnel oblige. Je n’ai pas eu le courage, je n’ai pas voulu écouter sa famille.
Aujourd’hui, j’arrive à regarder ses photos sans pleurer. Je ne ressens plus rien, enfin je crois.
Souvent je me suis dit que je ne rencontrai plus personne. J’avais trop mal, ce n’était plus possible.
Aujourd’hui j’essaie, mais je me rends compte que je ne suis pas vraiment prête.

Pleurer encore une fois, c’était obligé. J’ai tellement eu de chagrin.
Des fois, j’aurais préféré qu’il parte, pas qu’il soit encore là. A quoi bon. A quoi bon faire souffrir sa famille. A quoi bon le faire souffrir.

Je n’ai plus de nouvelles aujourd’hui. J’ai dit stop. Démarche douloureuse mais j’ai compris qu’il fallait que j’avance. On ne peut revenir en arrière. Elle sait qu’elle devra me contacter si un jour sa vie s’achève. J’ai peur, parfois, que son nom s’affiche sur mon téléphone. Je n’ai pas envie.

J’en veux à toutes ces personnes qui me disaient « Ca n’a pas duré longtemps, tu oublieras. ». Que cette histoire ait duré 6 mois, 1 an ou 10 ans, le chagrin restera immense.
J’ai avancé, mais je n’oublierai pas. Cet événement fait partie de ma vie, de moi, de mon quotidien. Je n’en ai pas assez parlé. Parfois je m’en veux.

Eviter certains quartiers parisiens, éviter de prendre le RER B, pleurer en entendant cette musique. La vie peut être tellement injuste.

Son dernier SMS, dimanche 15 mars 2009. « Elle est pas belle la vie ? Je t’embrasse ».

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Une vie sans Internet

mediasInternet, le Web, les Internets, c’est déjà la moitié de ma vie. Oui 15 ans.
15 ans que je surfe, sur-surfe, clique, actualise, envoie, écris, upload, et j’en passe.
C’est fou comme les Internets ont pu revoir notre vocabulaire. C’est sans parler de l’intrusion des réseaux sociaux dans notre vie de tous les jours. Facebook par ci, Facebook par là, et puis Twitter « Oui je twitte, et toi ? C’est quoi ton pseudo ? », et puis Instagram « Han mais trop belles tes photos ! ».
Un brin ironique je suis, mais totalement lucide car j’ai bien conscience qu’aujourd’hui c’est grâce à ce nouveau média que je peux manger tous les jours, payer mon loyer, mon électricité et partir en voyage comme je le fais depuis peu.

Mais aujourd’hui je me pose cette question : qu’aurais été ma vie sans Internet ?
Il y a 7 ans, je souhaitais m’investir dans l’enseignement. Des années qu’elle m’a travaillée cette idée. Et puis j’ai changé. J’ai changé d’avis, de projet,  d’intérêt. Plus envie, des doutes, des peurs, l’angoisse de ne pas être au niveau.
Un soudain besoin de changement de situation, de créativité, d’étonnement. Puis j’ai choisi le Web.
On doutait, on ne me faisait pas confiance. On avait peur, on pensait que j’allais droit dans le mur.
Et pourtant, aujourd’hui « tout va bien ». Certes, je reste vigilante, certes, je reste humble. Tout peut basculer, je le sais fort bien.

Sans le Web, je ne sais pas si j’aurais fini à Paris. Sans le Web, je ne sais pas si j’aurais ma vie d’aujourd’hui. Peut-être même que je n’écrirais pas ce blog (Non mais 4 ans et demi déjà !).
Peut-être que mon destin aurait été l’ad-mi-nis-tra-tion. Comme Papa et Maman. Oui mais non, je ne crois pas que cela m’aurait permis de m’épanouir. Trop « carré », pas de créativité. Trop pas.

Et puis, peut-être, qu’au fond, mon destin c’était la pub.
« Sophie dans la pub ». Certains, d’un rire moqueur, s’étonnaient de mon emploi. « Tu n’as pas la personnalité », « C’est pas pour toi ». Et pourtant, aujourd’hui je ne regarde pas l’heure, je ne vois pas les journées passer. Bon c’est vrai, elles sont parfois trop courtes !…
Mais cette publicité qui vous spamme quotidiennement, moi elle me rend heureuse. Parce que je vous bourine d’impressions et de clics. Je fais tout pour que vous likiez mes pubs Facebook, que vous cliquiez du premier coup sur mes Adwords et surtout pour que vous achetiez TOUS les produits de mes clients pour avoir le CPA le plus bas possible.
Bref, aujourd’hui, j’ai la chance de ne pas m’ennuyer dans mon travail. J’ai la chance de pouvoir faire travailler mes méninges.

Les Médias, finalement j’y suis arrivée par hasard. Ce n’était pas un but. Je voulais travailler dans le web, c’est tout. Puis finalement ça me passionne. J’ai pas envie de changer. J’ai même envie d’aller plus loin. Faire un tour dans le off-line. Si si, je le veux, alors j’y arriverai, quoi que mon entourage dise. Mon profil est atypique, alors continuons dans ce sens.

Ces jours encore, j’étonne. J’ai fait Lettres. Je fais des Chiffres tous les jours. Des fois je m’y perds, un peu. Des fois j’ai du mal. Je bloque. Les maths et moi, on n’a jamais vraiment été potes. Et pourtant, pour me faire plaisir, pour avancer dans mon métier je me fais violence. Je comprends, pas trop vite, juste ce qu’il faut.

Alors oui, Maman, les maths c’était important au collège et au lycée, mais tu vois aujourd’hui je m’en sors avec mon cursus littéraire. Même s’il faut me répéter parfois dix fois les choses, elles finissent par rentrer.

Mais non, je n’oublie pas, la rigueur et la sensibilité acquises à la fac. Ces dissertations interminables où j’aimais m’égarer. Cet ancien français que je ne pouvais plus avaler. Mais mon Dieu, au fond, ça m’amusait de décliner Caballum du latin au français moderne.

Bref, je ne regrette rien, je ne regrette pas la fac, les amphis, les disserts, les lectures jusqu’à tard le soir, la Maitrise aixoise, Sorel et son Histoire comique de Francion.

Veni vidi vici.

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Dernière année de la vingtaine

trentaineCa y est, j’y suis. En plein dedans. Mais vraiment. Mon 4e jour, en fait. Dans 361 jours, j’aurai quitté la vingtaine. Cette vingtaine qui est passé à vive allure. Ces 6 années et demi de vingtaine que j’aurai passées à Paris. Les jours, les semaines et les mois sont passés tellement vite. J’ai grandi (je crois), rencontré des gens, découvert la vie, eu des déceptions, pleuré, ri, souri, puis suivi cette vie et son cours.
La vingtaine, en fait, elle est derrière moi. Je ne réalise pas vraiment que je vais la quitter.
Quitter la vingtaine, c’est faire une croix sur les études, se dire que la chambre que l’on a eu chez ses parents n’est plus à nous, chez ses parents n’est plus « chez moi ».
Puis, rentrer dans la trentaine c’est (note d’humour) : se faire saigner par les Impôts, se dire qu’il serait temps de rencontrer quelqu’un, se dire qu’il serait intéressant d’investir dans l’immobilier, comprendre qu’on a plus vingt ans et que les soirées jusqu’à 5 heures du matin c’est plus possible.
Avoir 30 ans, c’est aussi penser « Adulte » : non cet achat inutile, il faut que je songe à économiser tous les mois. Mais surtout avoir 30 ans, c’est devenir une grande personne et savoir prendre des responsabilités.
Bref, j’aurai bientôt 30 ans et bien que je semble avancer, j’ai aussi parfois l’impression de reculer.
30 ans de nos jours, c’est un âge pas toujours évident. Soit on a déjà tout, soit on démarre complètement.
Aujourd’hui, ma vie c’est le boulot, le boulot et encore le boulot. Les amis aussi, puis la famille. L’Amour est encore un grand point d’interrogation. Espérons qu’il finisse par trouver sa place. Un jour.

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